Comprendre les réalités locales

    L’Égypte reste un pays en voie de développement, avec ses beautés, mais aussi ses contraintes et ses réalités moins confortables. Il est essentiel de le comprendre avant de venir ici. Je développe mon article en 5 grands thèmes : sécurité et "harcèlement", pourboires, saleté, maltraitance animale et travail des enfants.

  • La question de la Sécurité & du "harcèlement" 

   L’Égypte est globalement un pays sûr. Les voyageurs peuvent s’y déplacer sans crainte majeure, y compris les femmes voyageant seules. Chaque semaine, nous accueillons des voyageuses en solo, et nos itinéraires se déroulent parfaitement, sans qu’aucun incident ne survienne. La stricte politique sécuritaire et militaire du pays garantit une surveillance efficace dans les lieux touristiques et dans les grandes villes, bien différente de ce que l’on peut observer dans certains pays occidentaux.

   Il faut comprendre que la pauvreté et le chômage poussent beaucoup d’habitants à vivre du commerce de rue, du pourboire ou de la petite vente touristique. Ce que beaucoup perçoivent comme du “harcèlement” est souvent une forme de survie économique, pas une intention malveillante. Les sollicitations répétées, parfois insistantes, sont le reflet d’une économie où chaque touriste représente une chance de vendre quelque chose et de ramener quelques livres à la maison.

   Le mot “harcèlement” est souvent sorti de son contexte. Sa définition implique des comportements agressifs, menaçants ou intimidants, ce qui ne correspond pas à ce type de démarchage commercial. Beaucoup de voyageurs, même sensibles à l’insistance des vendeurs, n’ont en réalité jamais été exposés à un vrai harcèlement , ce sont souvent des consommateurs ou amateurs qui utilisent ce terme par méprise.

   Cela ne veut pas dire qu’il faut tout accepter : il est normal de poser ses limites, avec fermeté et respect. Un simple “la, shukran” (non merci) dit calmement en marchant suffit la plupart du temps. Mais il est important de garder en tête que derrière cette insistance, il y a souvent un père de famille, un jeune sans emploi, ou un vendeur qui dépend entièrement des visiteurs pour vivre.

   Les Égyptiens, dans leur immense majorité, sont accueillants, bienveillants et protecteurs envers les voyageurs. Les cas de harcèlement réel sont rares, et souvent amplifiés par méconnaissance culturelle ou par peur. Apprendre à décoder les comportements, comprendre ce contexte, savoir dire non sans agressivité et garder une attitude ouverte permet de vivre l’Égypte de façon sereine, avec compréhension et sans méfiance inutile.

  • La question du pourboire 

   Je peux témoigner que les réalités locales n’ont rien à voir avec celles de la France. Ici, environ 60 % de la population vit entre (moins ou égale à) 2 et 6 $ par jour, et le salaire moyen tourne autour de 150 à 180 € par mois, parfois 80–120 € dans les zones rurales. Un ouvrier gagne parfois à peine 6 à 8 $ pour 8 heures de travail.

   Alors oui, le pourboire n’est pas un “bonus”, c’est une aide directe qui permet à des familles de vivre. C’est un geste culturel, profondément ancré dans la société égyptienne, parce qu’il compense des salaires très bas et l’absence totale de sécurité sociale ou d’aides publiques. Comparer ces conditions à celles de la France, c’est passer à côté du contexte humain. En France, même si la vie est chère, on a accès à des aides, des congés, la sécurité sociale, la retraite… Ici, la majorité des Égyptiens ne sortent jamais de leur région et travaillent sans aucun filet de sécurité.

   Donc non, ce n’est pas une question de “modestie” ou de “jugement”, mais simplement de reconnaissance et de respect envers ceux qui rendent votre séjour possible, souvent dans des conditions très dures. Puis, si on n’a pas les moyens, on ne voyage pas. Je sais que c’est dur à entendre, mais c’est la réalité. Voyager, ce n’est pas juste payer un billet et un hôtel. C’est aussi respecter ceux qui vous accueillent, leur travail et leur réalité.

  • La question de la saleté 

   Dans de nombreux endroits, le système de collecte des déchets n’est pas encore développé. Le gouvernement ne dispose pas des moyens pour mettre en place des infrastructures adaptées, et l’éducation autour de la gestion des déchets reste encore absente dans certaines zones. Beaucoup de locaux déposent leurs ordures où ils peuvent, faute de mieux.

   Quand on sait que le prix des sacs-poubelle noirs est élevé, on comprend vite que pour beaucoup, le choix est simple : acheter à manger ou acheter des sacs-poubelle. Ce que nous considérons comme un geste banal devient ici un luxe. Ce n’est pas un manque de conscience, c’est une question de survie. Par exemple, un rouleau de 30 sacs coûte 40 à 70 EGP, soit 0,72 € à 1,50 €. Quand on connaît le ratio de plus de 30 % de la population sous le seuil de pauvreté, faites le calcul de leurs priorités : on leur demande de choisir entre un sac-poubelle et du pain.

  • La question de la maltraitance animale 

   Concernant les animaux, je tiens à remettre l’église au milieu du village. Non, tous les animaux ne sont pas maltraités en Égypte. Oui, on peut voir des chevaux ou des chameaux amaigris, fatigués ou blessés, surtout dans les zones touristiques, mais il faut remettre les choses dans leur contexte. Beaucoup de ces hommes gagnent leur vie grâce à leur animal, qui est parfois leur seul outil de travail, et ils ont eux-mêmes à peine de quoi se nourrir.

   Avant de juger, souvenez-vous que pendant que certains s’offusquent de voir un vieil homme avec un âne maigre au Caire ou un caléchier, les supermarchés occidentaux regorgent encore de poulets en batterie et de viande issue d’animaux élevés dans des conditions effroyables. Alors où est la cohérence ?

   Je suis contre la maltraitance animale, bien sûr, et je n’encourage pas les voyageurs à utiliser des calèches ou faire des balades à dos de chameau dans les zones touristiques. Mais il faut savoir regarder la réalité dans son ensemble. 

   À l’Oasis de Bahariya, par exemple, les chameaux sont en semi-liberté, en pleine nature et bien portants. Les cas qui font des généralités sur la maltraitance animale en Égypte gagneraient à sortir des zones touristiques. À Louxor, l’écurie Noby Stables traite bien ses animaux, pour en avoir monté. 

   L’empathie doit rester cohérente et universelle, pas à géométrie variable.

  • La question du travail des enfants 

   Certains enfants travaillent dans les champs, les garages, les magasins ou dans les rues, comme les Zabbaleen qui collectent les déchets du Caire dans des conditions sanitaires déplorables, souvent à même les maisons. Oui, cela peut choquer, mais ici encore, les réalités sociales sont toutes autres. Ces enfants participent souvent au revenu familial. Loin d’un idéal occidental, c’est la réalité d’un pays en crise, où chaque main compte.

   Certains parents doivent choisir entre envoyer leurs enfants à l’école ou les nourrir. Ce n’est pas un choix, c’est une nécessité. Je constate que très peu de voyageurs s’offusquent réellement face à la question du travail des enfants et/ou leur déscolarisation. Alors, avant de juger l’Égypte avec un regard occidental, rappelez-vous que vous êtes visiteurs dans un pays qui se bat au quotidien.

         Conclusion

    Voyager ici, c’est accepter les contrastes : la beauté, les déchets et la poussière, la générosité et la rudesse, la vie et la débrouille avec des moyens parfois datant d’un demi-siècle.

   Le problème, c’est qu’en France ou en Europe, l’empathie humaine s’est perdue. La France humaniste qu’on aimait évoquer n’existe presque plus, et de nombreuses populations occidentales sont devenues nombrilistes et individualistes. Beaucoup de voyageurs regardent l’Égypte depuis la vitre d’une voiture climatisée ou l’écran de leur téléphone, sans jamais s’immerger dans la vie locale. Plus de 90 % des visiteurs restent des touristes consommateurs ou amateurs, souvent en excursion/visite encadrée ou organisée ou accompagnée, qui jugent sans comprendre.

   Mais l’Égypte ne se vit pas ainsi. Le quotidien est une réalité brute. C’est un pays qui demande ouverture d’esprit, tolérance et humilité. Un pays en crise économique, en voie de développement, avec tout ce que cela implique, le bon comme le moins bon.

   Voyager ici, ce n’est pas seulement visiter des sites touristiques. C’est accepter ses réalités, comprendre ses contraintes, s’adapter et ne pas tout comparer à l’Occident. Quand vous voyagez en Égypte, mettez de côté votre vision occidentale. Ce n’est pas une destination pour tout le monde. Mais pour ceux qui ont le courage de voir au-delà des apparences, c’est une leçon d’humanité.

   Mon but n’est pas de choquer, mais d’éveiller. Ce n’est pas un article sensationnaliste, c’est un appel à regarder l’Égypte telle qu’elle est, avec ses forces, ses failles et son humanité. C’est une invitation à la découvrir autrement : avec le cœur, et non avec des jugements.

   Article rédigé, le 19/10/25. 
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